Une colonie ne se nourrit pas d’un seul aliment, mais de deux, et ils ne remplissent pas la même fonction. Le nectar apporte les glucides, donc l’énergie, et il est mis en réserve sous forme de miel. Le pollen apporte les protéines et les lipides, donc la matière avec laquelle la ruche fabrique des abeilles. Presque tout ce qui se joue dans une colonie, de l’élevage des larves à la survie de l’hiver, découle de cette séparation. Cette page décrit ce que chaque caste consomme, à partir de quatre sources ouvertes vérifiées une à une.
Deux besoins, deux aliments : l’énergie et la matière
Une étude publiée dans PLoS ONE par Garance Di Pasquale et ses coauteurs pose la distinction en une phrase : le nectar floral, qui contient des glucides et qui est stocké sous forme de miel, est le carburant énergétique des individus. Les mêmes auteurs décrivent le pollen comme pratiquement la principale source de protéines, d’acides aminés, de lipides, d’amidon, de stérols, de vitamines et de minéraux.
Ces deux rôles ne sont pas interchangeables. Le sucre fait voler une ouvrière, il ne fabrique pas une larve. Les protéines et les lipides construisent des tissus, ils ne fournissent pas le carburant du vol. Une colonie dont les cadres sont pleins de miel mais qui n’a plus de pollen à disposition n’est pas une colonie nourrie : c’est une colonie qui va cesser de se renouveler.
Ce partage commande le reste : deux flux de récolte, deux stocks de réserve, et des castes qui ne puisent pas dans les mêmes ressources selon leur âge et leur fonction.
Le nectar et le miel : le carburant de la colonie
Le nectar est un liquide sucré collecté sur les fleurs. Sa transformation en miel, des échanges de bouche à bouche jusqu’à l’operculation des cellules, est décrite pas à pas dans notre page consacrée à la fabrication du miel par les abeilles. L’origine botanique de ce liquide, ainsi que celle du miellat, fait l’objet d’une page distincte sur le nectar et les miellées.
Un mot de ce passage reste flou ?
Ce qui compte ici, c’est la destination. Di Pasquale et ses coauteurs sont explicites : ces glucides, stockés sous forme de miel, constituent le carburant énergétique des individus. Le miel n’est pas d’abord un produit fabriqué pour l’apiculteur, c’est une réserve d’énergie que la colonie constitue pour elle-même, et dont la nature chimique est détaillée dans notre page sur la composition du miel. Qu’il se fige avec le temps, phénomène expliqué dans notre page sur la cristallisation du miel, ne change rien à cette fonction de réserve.
Un point mérite d’être dit franchement. Les quantités de miel qu’une colonie consomme sur une année ne sont chiffrées dans aucune des sources ouvertes retenues ici : les tonnages que l’on rencontre ailleurs proviennent d’une revue dont le texte intégral n’était pas accessible au moment de la vérification. Nous préférons ne rien avancer plutôt qu’avancer un chiffre que nous n’avons pas pu lire.
Le pollen et le pain d’abeille : d’où viennent les protéines et les lipides
Le pollen est l’autre récolte, et il n’a aucun substitut : rien d’autre dans l’alimentation de la colonie ne remplit son rôle.
Rapporté dans la ruche, le pollen n’est pas consommé tel quel. Il est entreposé dans les cellules, et c’est sous cette forme stockée qu’il est mangé. Des travaux publiés en 2025 dans iScience par Pierre Lau et ses coauteurs nomment cette forme le pain d’abeille et la définissent sans détour : la version stockée du pollen, principale source de protéines et de lipides des nourrices. La composition détaillée de ce pain d’abeille ainsi que le mécanisme et la durée de sa transformation dans la cellule ne sont pas documentés par les sources retenues ici. Nous n’en dirons donc rien.
Le pollen a par ailleurs une fonction collective, et c’est le point le plus sous-estimé. Di Pasquale et ses coauteurs soulignent qu’il permet la production de gelée par les jeunes ouvrières, gelée qui sert à nourrir les larves, la reine, les mâles et les ouvrières âgées. Le pollen n’est donc pas seulement l’aliment d’une abeille : c’est la matière première d’un aliment fabriqué dans la ruche.
Ce même pollen constitue aussi un produit de la ruche destiné à la consommation humaine, sujet que nous traitons dans notre page dédiée au pollen frais.
Les nourrices, pièce maîtresse du système alimentaire
Toutes les abeilles ne mangent pas de pollen. Di Pasquale et ses coauteurs sont formels sur ce point : le pollen est essentiellement consommé par les jeunes abeilles nourrices.
Voir une colonie de près, lors d’un atelier ?
Ce qu’elles en font est l’un des mécanismes centraux de la colonie. Selon les mêmes auteurs, l’ingestion de pollen permet le développement de leurs glandes hypopharyngiennes, où les nutriments du pollen digérés servent à produire la gelée, une sécrétion glandulaire protéique partagée avec les congénères. Pierre Lau et ses coauteurs décrivent la même chaîne : les nourrices ingèrent le pain d’abeille pour développer ces glandes, qui produisent la gelée donnée directement aux larves en développement.
Une protéine intervient dans ce circuit : la vitellogénine, que Di Pasquale et ses coauteurs décrivent comme fortement exprimée chez les nourrices comparées aux butineuses, produite dans le corps gras et utilisée pour la production de gelée. Une nourrice n’est donc pas un relais de distribution : c’est un organe de transformation, qui convertit une matière végétale en un aliment animal.
La conséquence est directe et mesurée. Pierre Lau et ses coauteurs notent que le type et la quantité de protéines mangées par les nourrices comptent pour le développement de ces glandes, et que ce développement est corrélé au succès de l’élevage du couvain. Ce que mangent les nourrices détermine ce que la colonie parvient à élever.
La gelée la plus connue du public, celle qui est récoltée comme produit de la ruche, fait l’objet de notre page sur la gelée royale.
Qui mange quoi dans la ruche
La liste des destinataires de la gelée est donnée telle quelle par Di Pasquale et ses coauteurs : les larves, la reine, les mâles et les ouvrières âgées. La gelée n’est donc réservée ni au couvain, ni à la reine.
Les jeunes nourrices, elles, mangent le pain d’abeille. Pierre Lau et ses coauteurs précisent qu’elles consomment en outre du nectar pour l’énergie : elles combinent donc les deux flux, celui de l’énergie et celui de la matière.
La reine ne va pas chercher son pollen elle-même : elle reçoit la gelée produite par les nourrices. Son rôle réel dans la colonie, sa ponte et le déterminisme des castes sont traités dans notre page consacrée à la reine des abeilles. Les mâles figurent eux aussi parmi les destinataires de cette gelée, et leur place dans la colonie est décrite dans notre page sur le faux-bourdon.
Reste une question qui revient constamment : combien de pollen faut-il pour élever une larve ? Les sources retenues ici ne donnent pas ce chiffre. Nous ne le fabriquerons pas.
Tous les pollens ne se valent pas
Le pollen n’est pas une substance unique. Sa valeur nutritive varie selon la plante qui l’a produit, et l’écart est mesurable.
Di Pasquale et ses coauteurs ont comparé plusieurs pollens par leur teneur en protéines. Du plus pauvre au plus riche, le classement obtenu place le ciste, Cistus, en dernier, puis la bruyère, Erica, puis un mélange de pollens, puis le châtaignier, Castanea, et enfin la ronce, Rubus, en tête. Les auteurs soulignent que l’écart entre le ciste et la ronce est particulièrement frappant, cette dernière contenant environ deux fois plus de protéines.
Aucun seuil chiffré ne permet pour autant de trancher entre un bon et un mauvais pollen. On lit souvent qu’un pollen devrait dépasser un certain pourcentage de protéines pour être valable, seuil parfois attribué à un institut technique français. Vérification faite, il ne figure dans aucune des sources retenues ici : ce qui est publié, c’est un classement relatif entre espèces, pas un plancher.
L’ITSAP-Institut de l’abeille formule l’exigence en termes qualitatifs. Dans un article signé Saad Sebti, l’institut indique qu’un apport en pollens de haute qualité nutritive, qui fournissent protéines, lipides et vitamines, est crucial pour le développement du couvain d’ouvrières et l’élevage des larves de reines.
La diversité compte autant que la qualité. Toujours selon l’ITSAP, une diversité d’espèces florales assure un apport varié en nutriments à travers le pollen et le nectar, et joue un rôle important dans le développement et la résistance des colonies aux maladies. L’argument est agronomique autant qu’apicole : un environnement floral monotone appauvrit l’assiette de la ruche. Ces ressources nourrissent aussi bien d’autres pollinisateurs, présentés dans notre page sur les abeilles sauvages.
La règle de stricte retenue des nourrices
On pourrait croire qu’une abeille mange autant que la ressource le permet. Les travaux de Pierre Lau et de ses coauteurs, publiés en 2025 dans iScience, montrent le contraire, et c’est le résultat le plus contre-intuitif de cette page.
Mises en situation de choisir entre plusieurs régimes dont la teneur en protéines et en lipides était contrôlée, les nourrices n’ont mangé ni au hasard ni jusqu’à saturation : elles ont régulé leur prise vers un rapport protéines-lipides de 1,5 pour 1. C’est sur les régimes correspondant à cet équilibre qu’elles ont le plus consommé et développé les plus grandes glandes hypopharyngiennes.
Le mécanisme d’arrêt est tout aussi net. Les auteurs observent que l’alimentation cesse typiquement dès qu’un seuil est atteint, celui des protéines ou celui des lipides, ce qu’ils rattachent à une règle de stricte retenue susceptible de refléter le coût physiologique d’une surconsommation, même légère. Autrement dit, une nourrice s’arrête de manger dès que l’un des deux compteurs est plein, quitte à laisser l’autre incomplet.
Ce résultat éclaire la section précédente : si les nourrices refusent de compenser un déséquilibre par la quantité, un pollen mal équilibré ne se rattrape pas en en apportant davantage. La composition prime sur le volume.
Quand la ressource manque : disette et réserves
La conséquence d’un manque de pollen est énoncée sans détour par Di Pasquale et ses coauteurs : une conséquence directe de la déficience nutritionnelle, c’est-à-dire de la pénurie de pollen, est une diminution de la population de la colonie. Moins de matière protéique entrante, moins de gelée produite, moins de larves menées à terme, moins d’abeilles.
C’est là que la dualité posée en ouverture devient opérationnelle. Une colonie peut manquer d’énergie, de matière, ou des deux, et ce ne sont pas les mêmes situations : une réserve de miel abondante ne compense pas une disette de pollen, puisque le sucre ne fournit ni protéines ni lipides. L’inverse vaut aussi.
Côté énergie, la réserve existe et se voit : c’est le miel stocké dans les cadres. Ce que l’apiculteur en prélève, et quand, relève d’une autre page, celle consacrée à la récolte du miel.
Côté matière, il n’existe pas d’équivalent aussi simple. Le nourrissement documenté par les sources retenues ici porte sur les sucres, c’est-à-dire sur le versant énergétique. C’est le sujet de la section suivante.
Sirop ou candi : ce que documente l’ITSAP
L’ITSAP-Institut de l’abeille a publié en avril 2024 un article signé Garance Di Pasquale, Cécile Ferrus et Axel Decourtye sur l’impact des nourrissements sucrés. Ce qui suit en est tiré et se lit comme un état des connaissances : aucun dosage, aucune préparation, aucune conduite à tenir n’est indiqué ici.
Premier point, les abeilles ont des préférences entre les sucres. L’institut établit le classement suivant, par ordre de préférence : le saccharose en première position, puis le glucose, puis le maltose, et enfin le fructose.
Deuxième point, le saccharose n’est pas seulement préféré, il est associé à des effets mesurés. Selon l’ITSAP, il favorise la longévité des abeilles, améliore la construction des rayons, accélère le développement printanier et augmente la survie hivernale des colonies.
Troisième point, la concentration des sirops joue un rôle, et le comportement observé surprend. L’institut rapporte que, si elles sont en situation de choisir, les abeilles collectent et consomment en priorité les sirops contenant 50 % de sucre, et préfèrent, pour la mise en réserves, des sirops à 30 ou 70 %. Consommation immédiate et stockage n’appellent donc pas la même concentration. Observation de comportement, en aucun cas consigne de préparation.
Quatrième point, la saison impose sa contrainte. L’ITSAP écrit que de novembre à février, les températures ne permettent pas systématiquement de nourrir les colonies les plus faibles avec des sirops de sucres, et que chacun s’accorde sur l’idée qu’il est préférable d’employer du candi.
Cinquième point, tous les sucres ne sont pas assimilables. L’institut signale que certains d’entre eux, comme le galactose, le lactose ou le raffinose, sont indigestes voire toxiques pour les abeilles, et qu’ils provoquent des dysenteries conduisant à la mort dans certains cas.
Sixième point, un contaminant est surveillé : l’ITSAP indique que la concentration de 40 mg/kg d’hydroxyméthylfurfural, ou HMF, ne doit pas être dépassée dans les sirops.
Le nourrissement est enfin encadré lorsque la production est certifiée, dans les conditions du cahier des charges détaillé dans notre page sur le miel biologique. Quant à l’équipement permettant de distribuer un sirop ou un pain de candi, il figure dans notre page sur le matériel pour débuter en apiculture.
Questions fréquentes
Que mangent les abeilles ?
Deux aliments distincts. Le nectar, chargé en sucres et stocké sous forme de miel, fournit l’énergie. Le pollen fournit les protéines et les lipides. Di Pasquale et ses coauteurs décrivent le premier comme le carburant énergétique des individus, et le second comme pratiquement la principale source de protéines, de lipides, de stérols, de vitamines et de minéraux.
Les abeilles mangent-elles leur propre miel ?
Oui. Le miel est la forme stockée du nectar, et c’est à ce titre le carburant énergétique de la colonie, selon la formulation de l’étude publiée dans PLoS ONE.
Qu’est-ce que le pain d’abeille ?
C’est le nom donné au pollen sous sa forme stockée dans la ruche. Pierre Lau et ses coauteurs le décrivent comme la principale source de protéines et de lipides des nourrices. Sa composition détaillée n’est pas documentée par les sources retenues ici.
Toutes les abeilles mangent-elles du pollen ?
Non. Di Pasquale et ses coauteurs indiquent que le pollen est essentiellement consommé par les jeunes nourrices. Les larves, la reine, les mâles et les ouvrières âgées reçoivent la gelée produite par ces nourrices.
Une nourrice mange-t-elle à volonté quand le pollen est abondant ?
Non. Pierre Lau et ses coauteurs observent que l’alimentation s’arrête typiquement dès qu’un seuil de protéines ou de lipides est atteint, ce qu’ils décrivent comme une règle de stricte retenue.
Quel sucre les abeilles préfèrent-elles ?
Le saccharose. L’ITSAP-Institut de l’abeille établit un classement par ordre de préférence : saccharose, puis glucose, puis maltose, puis fructose.
Glossaire
Nectar : liquide sucré d’origine florale. Il contient les glucides, il est stocké sous forme de miel, et il constitue le carburant énergétique des individus.
Pollen : récolte végétale décrite comme pratiquement la principale source de protéines, de lipides, de stérols, de vitamines et de minéraux de l’abeille domestique.
Pain d’abeille : version stockée du pollen dans les cellules de la ruche. C’est la principale source de protéines et de lipides des nourrices.
Nourrice : jeune ouvrière. C’est elle qui consomme le pollen, ou plutôt le pain d’abeille, et qui produit la gelée distribuée dans la colonie.
Glande hypopharyngienne : glande dont le développement dépend de l’ingestion de pollen. C’est là que les nutriments du pollen digérés servent à produire la gelée.
Gelée nourricière : sécrétion glandulaire protéique produite par les jeunes ouvrières et partagée avec les congénères. Elle nourrit les larves, la reine, les mâles et les ouvrières âgées.
Nourrissement : apport de sucres pratiqué en apiculture, sous forme de sirop ou de candi. L’ITSAP en documente les préférences, les contraintes saisonnières et les risques.
Vrai ou faux : idées reçues
Les abeilles ne mangent que du miel. Faux. Le miel couvre le besoin énergétique, pas le besoin en protéines et en lipides. Di Pasquale et ses coauteurs désignent le pollen comme pratiquement la principale source de protéines et de lipides, et Pierre Lau et ses coauteurs identifient le pain d’abeille comme la principale source de protéines et de lipides des nourrices.
Tous les pollens se valent. Faux. Le classement mesuré par Di Pasquale et ses coauteurs montre un écart particulièrement frappant entre le ciste et la ronce, cette dernière contenant environ deux fois plus de protéines. L’ITSAP ajoute qu’un apport en pollens de haute qualité nutritive est crucial pour le développement du couvain d’ouvrières et l’élevage des larves de reines.
Une abeille mange autant qu’elle peut quand la nourriture est abondante. Faux. Pierre Lau et ses coauteurs observent chez les nourrices une règle de stricte retenue : l’alimentation cesse typiquement dès qu’un seuil de protéines ou de lipides est atteint, même si l’autre ne l’est pas.
Pour un nourrissement, n’importe quel sucre fait l’affaire. Faux. L’ITSAP indique que certains sucres, comme le galactose, le lactose ou le raffinose, sont indigestes voire toxiques pour les abeilles, et qu’ils provoquent des dysenteries conduisant à la mort dans certains cas.
Sources et références
- Di Pasquale G. (ApiNutri Recherche), Ferrus C., Decourtye A. (ITSAP-Institut de l’abeille). « Nourrissements sucrés : quel impact sur la santé des abeilles ? », ITSAP-Institut de l’abeille, 24 avril 2024. itsap.asso.fr
- Di Pasquale G., Salignon M., Le Conte Y., Belzunces L. P., Decourtye A., Kretzschmar A., Suchail S., Brunet J.-L., Alaux C. « Influence of Pollen Nutrition on Honey Bee Health : Do Pollen Quality and Diversity Matter ? », PLoS ONE, 2013 ; 8(8) : e72016. DOI 10.1371/journal.pone.0072016 · PMID 23940803 · PMC3733843. doi.org
- Lau P., Lesne P., Payne A. N., Garcia C., Gomez J., Behmer S. T., Rangel J. « Do not compromise : Nurse honeybees practice strict protein-lipid regulation », iScience, 2025 ; 28 : 112895. DOI 10.1016/j.isci.2025.112895 · PMID 40672701. doi.org
- Sebti S. (ITSAP-Institut de l’abeille). « Les indicateurs de qualité de l’habitat des abeilles », 8 mai 2025. itsap.asso.fr
Photographie d’illustration : « CSIRO ScienceImage 6628 Honey bee comb showing cells filled with different coloured pollen collected from different plants.jpg », par Nick Pitsas, CSIRO, via Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0.